« J’attends la rentrée… » « Les marchés sont trop hauts en ce moment… » « Je vais attendre une baisse avant d’investir. »
Ces réflexions reviennent très souvent lorsque l’on évoque un investissement financier. Pourtant, l’expérience montre que le véritable enjeu n’est généralement pas de trouver le meilleur moment sur les marchés — mais de ne pas laisser passer le bon moment pour vous.
Le seul calendrier qui compte vraiment : le vôtre
S’il n’existe pas de période de l’année garantissant de meilleures performances boursières, certaines dates sont en revanche déterminantes… pour des raisons fiscales ou patrimoniales propres à votre situation. C’est notamment le cas :
- Des versements sur un Plan d’Épargne Retraite (PER) avant la fin de l’année, afin de bénéficier de la déduction fiscale ;
- De l’optimisation de la trésorerie d’une entreprise avant la clôture de l’exercice ;
- De la perception de liquidités importantes à la suite d’une cession d’entreprise, d’une vente immobilière, d’un héritage ou du versement de dividendes.
Dans ces situations, ce n’est pas le marché qui fixe le calendrier — c’est votre propre situation. Et c’est précisément là que la question mérite d’être posée avec votre conseil, plutôt qu’en solitaire face à une actualité économique anxiogène.
Voyons pourquoi.
L’adage « Sell in May » : une statistique, pas une règle
Vous avez peut-être déjà entendu cet adage boursier anglo-saxon : « Sell in May and go away », que l’on pourrait traduire par « Vendez en mai et revenez à l’automne. »
Cette expression est née de l’observation historique selon laquelle, sur de longues périodes, les marchés financiers ont eu tendance à afficher des performances moyennes plus élevées entre novembre et avril qu’entre mai et octobre.
Plusieurs explications sont avancées :
- Une activité économique souvent plus calme pendant la période estivale ;
- Des volumes d’échanges plus faibles en raison des congés, ce qui réduit la liquidité des marchés ;
- Une volatilité parfois plus marquée lorsque survient une mauvaise nouvelle dans un marché moins animé.
Pour autant, cette observation reste une moyenne statistique, et non une règle d’investissement. De nombreuses années ont démontré exactement l’inverse, avec d’excellentes performances durant l’été. À l’inverse, certaines des plus fortes corrections boursières sont intervenues en dehors de cette période.
Autrement dit, bâtir une stratégie patrimoniale sur ce seul adage reviendrait à parier sur une statistique qui ne se vérifie pas systématiquement.
Les marchés financiers restent imprévisibles
Personne ne peut prédire avec certitude l’évolution des marchés à court terme. Les décisions des banques centrales, les résultats des entreprises, les événements géopolitiques ou encore les indicateurs économiques influencent quotidiennement les marchés. Même les professionnels ne parviennent pas à anticiper régulièrement les meilleurs points d’entrée.
Attendre « le bon moment » conduit ainsi souvent à rester… en dehors des marchés.
Le coût de l’attente
L’argent qui demeure sur un compte courant ou sur un placement faiblement rémunéré subit un double effet :
- Il ne profite pas du potentiel de création de valeur des marchés financiers ;
- Son pouvoir d’achat est progressivement érodé par l’inflation.
Chaque mois d’attente représente donc un manque à gagner potentiel.
Ce qui compte réellement : votre horizon d’investissement
Plus que la date d’investissement, ce sont généralement trois éléments qui déterminent la réussite d’un projet patrimonial :
- Vos objectifs (préparer votre retraite, valoriser une trésorerie d’entreprise, transmettre un patrimoine, financer un projet…) ;
- Votre horizon de placement ;
- Votre niveau d’acceptation du risque.
Une stratégie cohérente et adaptée à votre situation aura généralement davantage d’impact sur la performance qu’un simple choix de calendrier.
Investir progressivement : une solution de bon sens
Lorsque les marchés semblent élevés ou que le contexte économique suscite des interrogations, il existe une approche particulièrement pertinente : l’investissement progressif.
Le principe consiste à investir un capital sur les marchés financiers progressivement, sur plusieurs mois. Cette méthode permet notamment :
- De limiter l’impact d’une éventuelle baisse juste après le premier investissement ;
- De lisser le prix moyen d’acquisition des supports financiers ;
- D’investir plus sereinement, sans chercher à anticiper les fluctuations des marchés.
Elle est particulièrement adaptée lorsqu’on dispose d’un capital important à investir.
En conclusion
Le meilleur moment pour investir n’est pas forcément celui où les marchés sont au plus bas… car personne ne sait les identifier avec certitude.
En revanche, le meilleur moment est souvent celui où votre projet est défini, où votre épargne est disponible, et où une stratégie adaptée peut être mise en place.
En matière d’investissement, un principe se vérifie régulièrement : ce n’est pas le moment où l’on entre sur les marchés qui fait la différence, mais le temps que l’on y reste.
Notre conseil
Ne cherchez pas à deviner les mouvements des marchés. Construisez une stratégie adaptée à vos objectifs, diversifiez vos investissements et donnez du temps à votre épargne pour produire ses effets. C’est généralement cette discipline, bien plus que la recherche du « timing parfait », qui contribue à la réussite d’un projet patrimonial.
Article rédigé par Anne PAOLI – Directrice Numeris Patrimoine (ex. PNM Patrimoine)
